Chez certains artistes, la nécessité de s'inscrire de s'imprimer dans le temps est impérieuse, peu importe les mouvements, les polémiques, les modes, peu importe l'époque ou le lieu où ils créent, ils sont seuls, sous le « poids du ciel » des témoins attentifs de notre univers.

 

Ce qui nous est proposé ici, n'est pas un art de ruptures, de fausses révolutions, au contraire, à l'opposé des grands discours, cette peinture est silencieuse, profonde, elle fait partie de ce courant immense qui a commencé il y a bien longtemps avec les premiers arts primitifs et continué à travers les époques, jusqu'à nous sans jamais perdre son souffle.

Dominique Pivin a choisi cette voie, apportant à son tour, vitalité, recherche et poésie.

 

Elle a choisi pour parler aux hommes de rappeler les temps reculés où la terre à peine sortie des eaux ruisselantes, dans la lumière solaire, dressait déjà vers le ciel le minéral de sa peau.

Ce temps d'avant le temps, où la terre, le ciel, les océans, toute choses vivantes ne faisait qu'un.

 

Elle nous propose un voyage . Immobile au milieu des toiles, nos yeux deviendront des nomades.

 

Peindre avec des pigments et des essences, étendre sur les surfaces, des enduits parsemés de pierres : la peau de sa peinture.

La technique est là, secrète, élaborée avec patience dans l'épaisseur des jours. Naissance d'un monde poétique sur la toile. Je vois des sentinelles, des totems, des oracles se former. Parler à nos âmes comme sans doute savait le faire « le Shaman sous ses bracelets de fer ».

 

Partout sur la surface de ces tableaux la matière s'étend, s'organise en vaste plaines, désertiques ou limoneuses, couleur sable, couleur terre. Quelquefois des espaces s'ouvrent sur d'immenses cavernes calcinées, aux nuits comme des trous noirs. La pierre est là, dressée, indispensable repaire, minéral, paratonnerre d'imaginaire.

Les pierres encore, initiant des sillons, tracés, assemblés en figures, carrés, courbes, rectangles quadrillés, puis des cercles....... surtout des cercles, démesurés, ne donnant aucun repos à l'œil, annonçant des orages.

 

Au delà des lignes et des couleurs, des formes, il y a ce rêve intérieur, cette conscience de la matière, de la profondeur des éléments, et bien que nos visages, nos corps soient absents du formalisme de cette peinture, Dominique Pivin nous montre, à nous autre hommes, le pays d'où nous venons.

 

Christian Gosselin

Clohars-Carnouët Février 1998